MARDI 28 AVRIL 2020

Conversations au COMEX

27 avril 17h58 : le couperet, enfin la fonctionnalité “équilibre digital” de Huawei, tombe : vous avez explosé le temps passé cette semaine sur votre téléphone avec une moyenne de 2h16 sur LinkedIn. Ultra moderne solitude. Tout se passe comme s’il fallait “à tout prix”, assignés à résilience, sur fond de crise économique et d’incertitude sur l’avenir des entreprises, se reconnecter avec son réseau professionnel et ses collègues. 

Je ne suis pas la seule ; avec +55% d’usage de LinkedIn, les dirigeants français semblent avoir pris conscience et capitalisé de/sur son pouvoir d’influence : 86% d’entre eux y ont communiqué au moins une fois (Live bosses, étude TBWA) dans un espace sans troll, chaque jour plus stratégique et éditorialisé. 

Si les citoyen.ne.s accordent désormais davantage de crédit à ce que disent les dirigeants d’entreprises que les chefs d’État (Trust barometer, Edelman), toutes leurs prises de parole ne se valent pas : leur taux d’engagement est d’autant plus fort qu’elles illustrent ce qui est fait pour l’intérêt général et en faveur de la société. 

Sur LinkedIn, les messages sont d’abord destinés aux équipes et à la reconnaissance du travail de terrain, puis aux client.e.s et aux communautés élargies. Sur Twitter, plateforme de KOLs, la hiérarchie s’inverse : la société, le soutien aux équipes et les mesures mises en place par l’entreprise pour lutter contre la distanciation sociale et la crise sanitaire” (Live bosses, étude TBWA). 

De nouvelles formes d’influence émergent, plus ouvertes, plus spontanées, plus proches : si l’exercice du pouvoir résidait dans l’art de convaincre, il s’agit aussi maintenant d’interpeller les publics de l’entreprise et de la marque avec passion. Le dirigeant devient la première voix/voie d’une organisation qui apparaît enfin comme une communauté de destins !

Discours argumentés et datas associées certes, mais aussi postures d’éditorialistes, récits collectifs et partagés, tournures «sloguées», syntaxes condensées, ponctuations rythmées; côté style, on connaît tous les messages exemplaires de Michel-Edouard Leclerc – E-Leclerc – et de Dominique Schelcher – Système U -. 

Ligne éditoriale en lien avec la raison d’être – raison d’agir du moment -, vérité et personnalisation du message, tonalité engagée, conversationnelle et fédératrice,  contributions actives et impact de l’entreprise, contenus exclusifs et maïeutiques, thought leadership et vision de l’écosystème, relai des prises de paroles de dirigeants inspirés et activistes. 

Citons aussi, outre leurs actions de solidarité, le discours terrain, social, optimiste, engagé et inspirant de Denis Machuel – Sodexo -, d’Emmanuel Faber – Danone, Jean-Pascal Tricoire – Schneider Electric – de Pascal Demurger – Maif -.

Les tribunes et threads de Sylvie Jehanno – Dalkia ou encore les live et messages vidéos sincères et exaltés de Sébastien Bazin – #Allheartist, Accor, d’Edouard Guinotte – Vallourec – et de Christel Bories, la transformatrice – Eramet – sur la gouvernance de la crise dans leurs entreprises ou dans leurs filières, frappées de plein fouet par le coronavirus.

Et demain ? Vente directe, indirecte, abonnement, marketplace, une entreprise française sur 4 voit déjà évoluer son business model (Etude Mazars, Avril 2020) ; en rase campagne et ailleurs, “le leader devra l’adapter à cette nouvelle norme qu’est l’absence de normes, pratiquer et prêcher l’agilité dans un environnement où rien n’est acquis, animer un collectif qui pratique le dialogue, la critique, le doute, la négociation, etc. (Face au Covid, la nécessité du leadership, cercle des dirigeants d’Entreprises & Progrès). Bref, toujours, intemporelle, la conversation !